Nuit magique(1-0 la france en demi-final)
A Francfort, les Bleus ont vécu un rêve éveillé en quart de finale face au Brésil (1-0). On se serait parfois cru en 1998. Mais, tout à leur joie, les hommes de Domenech gardent les pieds sur terre et n'oublient pas qu'il reste du chemin à parcourir avant de faire la fête.
Face au Brésil, les Bleus ont vécu une soirée de rêve. La génération de 98 (Desailly, Karembeu, Djorkaeff, Petit, Lama) s'était d'ailleurs donné rendez-vous pour l'occasion. Avant même le match, le tube "I will survive", diffusé dans le Waldstadion quelques minutes avant l'entrée des joueurs, avait donné le ton. Un signe qui n'a pas manqué de rappeler la finale de 1998 aux supporters tricolores qui avaient fait le déplacement. Bien que moins nombreux que leurs homologues brésiliens, comme souvent, les Français se sont fait entendre pour donner déjà un air de fête à ce quart de finale. Une atmosphère festive prolongée par les retrouvailles chaleureuses entre Sagnol et Zé Roberto ou entre Zidane et Roberto Carlos dans le couloir menant à la pelouse. Mais ils ne savaient pas encore qu'ils allaient vivre un petit moment d'histoire de l'équipe de France.
Et 1, et 2, et 3-0. Pour la troisième fois consécutive, les Bleus font chuter le Brésil et ses stars en Coupe du monde. "C'était extraordinaire. Des fois, il n'y a pas de mots pour expliquer ce que l'on vit et comment on le vit", a reconnu Raymond Domenech. Ses joueurs, eux, ont trouvé les mots pour résumer leur soirée. "On vient de battre les favoris, c'est un grand moment", se laisse aller Patrick Vieira. "C'est un jour particulier. Une Coupe du monde, c'est quelque chose d'extraordinaire. On vit pleinement chaque minute. Vivre des moments aussi forts en ayant le public derrière nous, c'était génial", s'enthousiasme Louis Saha, tout heureux d'avoir pu fouler la pelouse quelques minutes : "Un France-Brésil, ça rappelle beaucoup de souvenirs à tout le monde. Et y participer, c'est un rêve de gamin" .
"Ça donne envie de rêver"
Même Fabien Barthez, pourtant peu enclin à faire de grandes déclarations, s'est arrêté auprès des journalistes pour partager sa joie. "C'est un grand moment dans notre carrière et on en a bien profité. On s'est fait plaisir tout en restant sérieux. En plus, il y a le résultat derrière donc c'est une belle fête du football qui a été réussie", estime le champion du monde et d'Europe qui en a pourtant vu d'autres. Henry semblait lui aussi aux anges et n'avait peut-être pas perçu l'effet qu'aurait pu avoir un tel succès. "J'avais dit en conférence de presse cette semaine qu'on n'était pas là pour rêver. Mais un soir comme ça, ça donne envie de rêver. On veut aller au bout maintenant. On avait à coeur de prouver après la Coupe du monde 2002 qu'on n'était pas des chiffons. Et bien on n'est pas des chiffons". Alors, comme Eric Abidal, "rêv(ons) maintenant. Encore plus que depuis le début".
Après le coup de sifflet final, le staff technique improvisait une haie d'honneur pour saluer la sortie des héros du soir. "Ils sont fiers de nous. Ils font partie du groupe. Cette victoire n'est pas seulement celle des joueurs, c'est aussi celle du staff" , a expliqué William Gallas. Les joueurs sont ensuite restés de longues minutes ensemble dans le vestiaire avant de se présenter en conférence de presse. Sans doute histoire de fêter dignement la qualification. "Dans le vestiaire, c'était de la pure folie. On est des déconneurs. On a beaucoup chanté... mais je suis un mauvais chanteur", raconte Gallas. Si Saha parle d'une ambiance "pire qu'après l'Espagne","C'était à l'image de l'Espagne. Beaucoup de bonheur mais aussi le sentiment que tout n'est pas accompli". Mickaël Landreau s'est montré plus mesuré :
Haie d'honneur
Car, après avoir fêté la victoire entre eux, les Bleus sont vite redescendus de leur nuage en pensant au prochain défi qui les attend en demi-finale. "On n'est pas euphorique parce qu'on n'est pas encore arrivés au bout de l'aventure", rappelle Makelele. Des propos repris quelques minutes plus tard par Raymond Domenech : "Le Brésil, c'était une étape. Excitante, géniale, tout ce qu'on veut mais ça ne doit être qu'une étape. Il n'y a pas de cocorico. Notre objectif, depuis le début, est de faire vibrer les spectateurs français. On envie que ça dure". Jusqu'en finale ? "Si vous aviez entendu les joueurs dans le vestiaire...", se contente de répondre le sélectionneur. D'ailleurs, Sagnol est déjà projeté vers le Portugal. "Je suis heureux parce qu'on va jouer à Munich. J'espère que les Munichois seront pour la France", s'impatiente le Bavarois.
Plus important encore, ce quart de finale a montré que la communion était désormais parfaite entre l'équipe de France et ses supporters. Pour preuve, alors que Sagnol et Barthez tombaient dans les bras l'un de l'autre, les Bleus se sont attardés de longues minutes sur la pelouse de Francfort à la fin du match. Un Gallas torse nu et vociférant en tête, ils se sont même mis à chanter à l'unisson avec le "kop" français. Devinez-quoi... "I will survive". On ne se refait pas. Le défenseur de Chelsea a toutefois mis un bémol à cette belle image. "On a senti le public derrière nous. C'est un peu malheureux à dire mais c'est dommage qu'ils ne nous aient pas soutenus depuis le début, regrette-t-il un peu. Quand une équipe dispute la Coupe du monde, tout le monde doit la soutenir depuis le début. Les deux premiers matches, il n'y avait personne et on a seulement commencé à nous soutenir contre le Togo. Maintenant, on sent que toute la France est derrière nous et c'est tant mieux".
En France comme en Allemagne, les images rappellent les grandes heures de 98. "On sait que c'est la fête en France et que tout les supporters sont derrière nous. On en est très content parce qu'on donne tout. Il y en a aussi beaucoup qui font les déplacements et on essaye d'être les plus reconnaissants possibles", avoue Eric Abidal. A en croire les sourires radieux de Domenech et de ses hommes à travers les vitres de leur bus, l'équipe de France gardera sans doute en tête la vision de cette centaine de supporters venus les remercier à la sortie du stade au moment de préparer son prochain rendez-vous face au Portugal...
L'EMOTION DES BLEUS .....
Le succès tricolore face au Brésil est frappé du sceau de la classe, immense, de Zinédine Zidane. Sur un nuage, le numéro 10 des Bleus a peut-être livré le plus grand match de sa carrière en équipe de France. Il a tout réussi, y compris sa première passe décisive pour Thierry Henry...
BARTHEZ : Le gardien de l'équipe de France n'a pas eu grand chose à se mettre sous la dent en première période. Sa première sortie sur Ronaldo rappela un certain 12 juillet 1998. Lors des 45 dernières minutes, Barthez s'illustra par des sorties aériennes qui ont rassuré toute sa défense. Une nouvelle fois décisif sur une ultime frappe de Ronaldo en toute fin de rencontre. Sa performance est à la hauteur du résultat : impeccable.
SAGNOL : Sa première intervention sur Ronaldo fut parfaite et laissa envisager une grosse partie du latéral français. Elle fut sans accroc et pleine de sérénité. Son marquage sur Ronaldinho en fin de rencontre a permis aux Bleus de ne pas céder. Coupable d'une faute sur Kàka en fin de match, Sagnol a été averti mais sera bien présent pour la demi-finale.
THURAM: Que lui reprocher? Une faute qui a amené un coup franc dangereux en fin de partie et sur laquelle il a d'ailleurs écopé d'un carton sévère? Peut-être. Pour le reste, le Turinois n'a pas perdu un duel de la soirée. Le fait d'avoir peu joué en fin de saison avec la Juve lui sert incontestablement aujourd'hui. Sa fraicheur et son enthousiasme font plaisir à voir. Rassurant, il s'est comporté en patron. La charnière qu'il compose avec William Gallas gagne en complicité à chaque sortie. Elle est aujourd'hui aussi impressionnante que la paire Blanc-Desailly de la grande époque.
GALLAS: Dans la lignée de ses dernières sorties. Physiquement, il est au top lui aussi. Comme son compère de l'axe central, William Gallas a été impeccable et sûr dans ses interventions, à l'image de celle réussie devant Ze Roberto en tout début de rencontre, alors que le Brésil se sentait encore fort. A son passif, une hésitation sur un centre, toujours de Ze Roberto, à la reprise. Mais elle ne pèse pas lourd à côté du reste...
ABIDAL : A beaucoup joué avec son compère lyonnais Malouda. Sa première période fut rythmée par ses allers et venues sur son aile gauche. Le Lyonnais, qui avait la lourde tâche de défendre sur Kàkà, s'en est parfaitement sorti. Sa puissance et ses percussions ont gêné Cafu, cantonné à des tâches défensives. Malgré quelques centres défectueux en première période, Abidal a réalisé une partie quasi sans faute.
MAKELELE : Moins en vue que son compère du milieu, Patrick Vieira, le joueur de Chelsea a néanmoins livré un match solide. Un nombre incalculable d'interceptions ont court-circuité les transmissions brésiliennes. Le milieu défensif n'a cessé de servir Zidane, comme il le faisait au Real Madrid. Très peu de ballons perdus.
VIEIRA : Raymond Domenech avait prévenu que Patrick Vieira ferait une grande Coupe du monde. Son milieu de terrain l'a une nouvelle fois confirmé. Le grand "Pat" a fait figure d'épouvantail. Puissance, solidité, lucidité ont été les ingrédients de sa réussite. En fin de première période, il s'est illustré en filant au but. Mais fut rattrapé illégalement par Juan qui aurait mérité l'expulsion. Encore un grand match de Vieira.
MALOUDA: Même s'il n'a plus tout à fait le punch du mois dernier, le Lyonnais a abattu un énorme travail défensif, bloquant parfaitement Cafu dans son couloir. Offensivement, il fut beaucoup plus présent en première qu'en seconde période, le jeu français ayant nettement penché à gauche lors du premier acte. Il a alors proposé beaucoup de solutions, même s'il a manqué de réussite dans la dernière passe. Par la suite, il s'est peu à peu éteint, sans jamais oublier de défendre. Remplacé par Wiltord.
RIBERY: L'inverse de Florent Malouda: assez discret avant la pause, il est monté en puissance au fil des minutes. Par le principe des vases communicant, la besace du Marseillais s'est ainsi remplie à mesure que celle du Gone se vidait. On a alors retrouvé le Ribéry percutant. Un débordement somptueux sur le pauvre Lucio, qui n'a pas tout compris. Tout près de doubler la mise à la 70e minute, il a buté sur Dida, avant d'être remplacé cinq minutes plus tard par Sidney Govou, qui s'est avant tout attelé à bien défendre.
ZIDANE : Dans le jeu, le capitaine des Bleus a probablement réalisé son meilleur match sous le maillot tricolore. Ses prises de balles plus géniales les unes que les autres ont bousculé les Brésiliens tout au long de la partie. On a retrouvé le Zidane de l'Euro 2000 par ses dribbles et sa facilité à éclaircir le jeu des Bleus. Le maestro, qui a joué juste tout au long de la rencontre, a tenu son rang. Et pour couronner le tout, il fut l'auteur de la passe décisive sur le but de Thierry Henry. Une première. Le titre honorifique d'homme du match ne pouvait que lui revenir.
HENRY : Transparent en première période, le joueur d'Arsenal s'est rapidement signalé en seconde. Sur une passe décisive de Zinédine Zidane juste avant l'heure de jeu, le Gunner d'Arsenal a délivré la France en ouvrant le score d'une superbe volée du plat du pied droit sous la barre. Complètement cuit en fin de match en raison de nombreux appels, il fut remplacé par Louis Saha, qui aurait pu doubler l'avance des Français d'une frappe du gauche en fin de rencontre.
Commentaires Récents