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Dimanche 12 novembre 2006 7 12 /11 /2006 00:00
12/11/2006 Par AXEL CAPRON
De Sports.fr

C'est avec une sacrée gueule de bois qu'ont dû se réveiller dimanche matin les joueurs de l'équipe de France. Laminés samedi par des All Blacks implacables de maîtrise (3-47), les hommes de Bernard Laporte n'ont pu que constater, impuissants, le fossé les séparant des favoris de la prochaine Coupe du monde. Un objectif subitement devenu secondaire pour ces Bleus qui se doivent de trouver des solutions dans la semaine dans la perspective du second test de samedi prochain au Stade de France afin de ne pas gâcher le centenaire du XV de France...

Les Bleus tête basse après leur très lourde défaite.Les Bleus tête basse après leur très lourde défaite.
Certes, au lendemain d'une telle déroute, il est toujours facile d'enfoncer une équipe qu'on avait encensée quatre mois et demi plus tôt après son succès au Cap sur les Springboks (26-16). Mais les chiffres sont là, terribles, pour illustrer le gouffre qui a séparé samedi soir à Gerland les All Blacks des Coqs gaulois: 7 essais à 0, 44 points d'écart, soit la plus lourde défaite de l'équipe de France sur son sol et la deuxième plus grosse de son histoire après le 54-7 encaissé de ces mêmes All Blacks en juin 1999 à Wellington.

D'accord, les Bleus ont plusieurs fois montré par le passé leurs capacités à se relever de déculottées mémorables, mais à un an de ce qui constitue leur grand objectif, la Coupe du monde en France, cette quatrième défaite de rang face aux hommes de Graham Henry marque un très sérieux coup d'arrêt, dont on pourra mesurer les conséquences psychologiques dans une semaine à l'occasion du centenaire du XV de France lors de la revanche au Stade de France, où les Tricolores restent sur un 6-45 face au même adversaire il y a deux ans...

Ce qui frappe au regard de la prestation française samedi soir et des réactions des joueurs et du staff, c'est le constat d'impuissance de ces Bleus, relégués au rang d'observateurs privilégiés de la démonstration black. "Je ressens comme un constat d'impuissance, le même que nous avions vécu il y a deux ans, reconnaissait l'entraîneur Bernard Laporte, nous avons joué contre des gars qui courent le 100 mètres en 10 secondes alors que nous, on le court en 12 secondes." Même découragement chez le demi de mêlée Dimitri Yachvili: "On ressent un gros sentiment d'impuissance. On a été dominés physiquement tout le temps. Les Néo-Zélandais sont vraiment impressionnants." Christophe Dominici ne se voile pas non plus la face, voyant dans ce nouveau revers un remake de celui de 2004: "C'est comme il y a deux ans. On fait tomber des ballons, ils les exploitent bien, ils sont plus vite sur leurs déplacements, ils sont costauds, ils ont des appuis, ce n'est pas pour rien que ce sont les All Blacks."

Individuellement, le fossé est criant

Certes, mais alors qu'on annonçait les Français en forme physiquement, force est de constater qu'ils ont été surpassés dans ce domaine par la vitesse d'exécution d'une équipe qui semble jouer les yeux fermés et n'a jamais hésité à relancer de ses 22, enchaînant les actions d'envergure, comme les essais. Mais la vitesse n'explique pas tout et une fois encore (et de trop...), les Bleus ont payé leur indiscipline. Si la sortie pour dix minutes de Pelous pour une faute en touche sur So'oialo n'a pas été sanctionnée au niveau comptable pendant ce laps de temps, elle a obligé ses partenaires, à 14, à puiser dans leurs réserves pour résister aux vagues noires, ce qui explique en partie ces deux essais de la fin de première période qui ont fait très mal aux troupes de Bernard Laporte.

Sivivatu échappe à Rougerie pour le premier essai.Sivivatu échappe à Rougerie pour le premier essai.
Individuellement, le fossé entre Blacks et Bleus n'a jamais été aussi criant, avec notamment une grosse domination du pack néo-zélandais, longtemps désigné comme le point faible de cette formation, qui a imposé sa puissance et sa dextérité à des adversaires incapables de conserver le ballon et subissant tous les impacts. Les troisièmes lignes McCaw-So'oialo-Collins ont laminé leurs vis-à-vis Dusautoir-Vermeulen-Bonnaire, Pelous et Papé n'ont pas existé face à Wiliams et Ryan (et dire que Jack était en tribunes!), tandis que Traille a évidemment souffert de la comparaison avec l'époustouflant Carter et que les ailiers Rokocoko et Sivivatu ont fait parler leur vitesse et leur masse musculaire face à Dominici et Rougerie. C'est une évidence, les Français ne disposent pas du réservoir de leurs adversaires pour qui le rugby constitue un formidable moyen d'exister aux yeux du monde et qui sont capables avec deux équipes différentes (Mealamau, Jack, Kelleher, Mauger, Muliaina n'ont pas débuté à Gerland) de passer 40 points aux Anglais puis 47 aux Français.

"Ce n'est pas le score qui compte, mais la façon dont on joue"

"Notre seul problème, c'est pour trouver l'équipe type, mais je suis ravi d'avoir ce problème", en plaisantera d'ailleurs à l'issue de cette victoire le coach Graham Henry, qui tient là une belle revanche sur des Français qui avaient tenté de déstabiliser ses protégés dans la semaine précédant ce premier test en évoquant un arbitrage favorable aux Blacks. Bernard Laporte et son encadrement doivent être dans leurs petits souliers ce dimanche, eux dont la responsabilité dans cette déroute ne peut être éludée. D'accord, les Blacks sont les plus forts, ils vont plus vite, font preuve de plus d'agressivité offensive et défensive et surtout d'une efficacité redoutable, mais que leur ont opposé les Français à Gerland en terme de jeu? On est bien en peine de trouver une réponse, tant le jeu tricolore a semblé manquer de ligne directrice, lorsque le niveau de l'adversaire impose justement de trouver d'autres solutions que celles qui peuvent marcher face aux Ecossais, Gallois, Anglais ou même Springboks (battus au passage 32-15 samedi par l'Irlande, futur adversaire des Bleus lors de la Coupe du monde, au même titre que l'Argentine, qui a créé l'exploit en battant l'Angleterre à Twickenham...).

Bernard Lapasset, le président de la FFR, n'a d'ailleurs pas éludé la question à l'issue de ce qu'il a qualifié de "douche glaciale": "Ce soir, ce n'est pas le score qui compte, mais plutôt la façon dont on joue face à de tels adversaires, la façon dont on peut s'opposer à ce qu'ils proposent." C'est en effet la principale question que vont se poser d'ici le second test Bernard Laporte et son staff qui ont d'ores et déjà rappelé Betsen et Elhorga aux places de Dusautoir et Laharrague. "Il n'y a pas 30 solutions. Ou on essaie de résister ou on desserre et on ne prend pas 40, mais 60 ou 70 points", prévient le capitaine Pelous, conscient, comme tous, que la Coupe du monde est soudainement devenue un lointain objectif, l'urgence commandant une réaction d'orgueil des Coqs au Stade de France. On n'ose envisager les conséquences d'une nouvelle déroute...
Par romano_33 - Publié dans : Sport
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