Interviews : Le « tout sauf Sarkozy » a poussé des électeurs vers Nicolas Sarkozy
Conseiller politique
Ancien ministre
Sénateur de la Sarthe
Propos recueillis par J.M Apathie
RTL – 23 avril 2007
N. Sarkozy est généralement présenté comme le favori du second tour de l’élection présidentielle qui l’opposera à S. Royal. Assumezvous ce statut de favori, F. Fillon ?
On ne va pas parler la langue de bois, c’est mieux d’avoir 31 % que d’en avoir 25, et c’est surtout un score, j’allais dire inattendu, inédit sous la Vème République depuis G. Pompidou, qui d’ailleurs correspond aussi à une participation massive des Français. Ça veut dire que c’est plus de 11 millions de Français qui ont choisi dès le premier tour N. Sarkozy. Donc c’est incontestablement une responsabilité, ça ne veut pas dire pour autant que l’élection est gagnée parce que l’élection présidentielle, c’est deux tours. Au premier tour, chacun exprime sa préférence, et puis au deuxième tour, il y a un vrai choc, projet contre projet, il y a un vrai débat, société contre société, conception de l’identité nationale contre conception de l’identité nationale, façon de faire de la politique, et c’est maintenant 15 jours de débats très importants qui s’ouvrent.
Redoutez-vous que la personnalité de N. Sarkozy, ce que certains appellent la peur qu’il peut susciter, se trouve au centre du débat, F. Fillon ?
D’abord, je dirais à ceux qui ont manié sans modération cet instrument avant le premier tour qu’ils devraient réfléchir au résultat. Je pense que le « tout sauf Sarkozy », qui est surtout une stupidité, a plutôt poussé des électeurs vers N. Sarkozy. La gauche souvent fait preuve d’un sectarisme qui est désarmant. Du temps du Général de Gaulle, on écrivait sur les affiches du général, "Fasciste". Quand on osait faire quelques critiques sur les démocraties populaires, on se faisait traiter d’anticommuniste primaire. Et sur les ponts de Paris, on écrivait "Chirac facho". Voilà. Il faudrait que la gauche réfléchisse et qu’elle se dise que la politique ce n’est pas la guerre civile, et quand on n’est pas d’accord avec la gauche, ce n’est pas pour autant qu’on est fasciste.
En même temps, s’interroger sur la personnalité de celui ou de celle qui va diriger le pays n’est pas hors du débat.
Bien entendu et je pense que mettre les deux personnalités, celle de S. Royal et celle de N. Sarkozy à l’examen pour ces deux tours, c’est ce que les Français doivent faire, ils doivent réfléchir à la question de savoir quel est celui qui a le plus d’expérience, le plus de courage, le plus de volonté, pour assurer la conduite de l’Etat dans un moment qui va être un moment de réforme. C’est-à-dire qu’on voit bien que les Français à travers ce scrutin veulent que ça change. Et je crois d’ailleurs que la faiblesse de la gauche, c’est de ne pas avoir suffisamment réfléchi à la modernisation de son projet, de ne pas avoir fait suffisamment son autocritique alors que nous, nous avons fait notre autocritique, nous l’avons fait par rapport à nos propres erreurs. Nous l’avons fait par rapport aux erreurs que la gauche a commises depuis 80 mais nous l’avons fait par rapport à nos propres erreurs, ce qui fait d’ailleurs que N. Sarkozy apparaît comme le candidat du changement alors que S. Royal apparaît - il suffit d’ailleurs de regarder son projet - comme la candidate de la continuité, puisqu’elle propose au fond le retour aux solutions d’avant 2002.
C’est toujours bizarre d’entendre le mot autocritique dans le débat public, et puis alors je peux vous dire que votre autocritique, elle n’a quand même pas, comment dirais-je, envahi la scène.
Eh bien je pense que vous vous trompez.
D’accord.
Parce que quand vous regardez notre projet, il y a beaucoup de propositions que nous faisons qui sont des ruptures par rapport à nos propres erreurs, par rapport à... on s’est posé la question de savoir pourquoi est-ce que les réformes qu’on avait entreprises depuis 2002 n’avaient pas toutes abouti, ou pourquoi est-ce qu’on n’avait pas réussi à moderniser le pays au rythme où on aurait voulu le faire. Non, il y a un vrai effort d’autocritique J.-M. Aphatie...
Comment allez-vous convaincre les électeurs de F. Bayrou de voter pour N. Sarkozy, F. Fillon ?
On va les convaincre d’abord en les mettant devant le choix qui est le leur désormais, c’est-à-dire les deux projets, et en détaillant maintenant peut-être de manière plus sereine, toutes les propositions qui sont les nôtres, je pense qu’il y a beaucoup d’électeurs de F. Bayrou qui sont historiquement, idéologiquement, politiquement, proches du projet de N. Sarkozy. Alors ils peuvent avoir ici ou là des accords avec nous...
Sur le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale par exemple, ça peut les rebuter un peu, vous croyez ?
Eh bien on va en discuter, il y a un débat qui s’est instauré, S. Veil y a pris sa part, il y a beaucoup de centristes à l’intérieur de l’UMP. Mais je crois qu’il ne faut pas que les Français pensent qu’on va changer de projet, comme ça entre les deux tours, parce qu’il faudrait séduire tel ou tel électeur. Il y a un candidat avec un projet qui a été mûrement réfléchi, qui a fait l’objet d’un soutien fort au premier tour, c’est ce projet qui va être présenté aux Français. Maintenant, on va engager le dialogue, non pas avec les états-majors de partis, parce que ça ce n’est pas la Vème République, mais avec tous les Français pour les convaincre que le projet le plus compatible avec les aspirations par exemple de modernisation des institutions qu’exprimaient beaucoup d’électeurs de F. Bayrou, c’est le nôtre.
F. Bayrou hier soir a dit "Je ne reviendrai pas en arrière", ce qui est une manière claire de dire "Je n’appellerai pas à voter pour N. Sarkozy".
Oui mais au fond personne ne lui demande de... encore une fois je pense qu’aujourd’hui les Français sont très mûrs, ils l’ont montré à travers cette élection, ils sont très mobilisés, ils ne suivent pas les consignes de vote de leur état-major. F. Bayrou a fait une campagne que j’ai trouvé souvent beaucoup trop brutale à l’égard de N. Sarkozy mais il a fait une belle campagne. Je veux dire par là qu’il a réussi à imposer ses idées, il a réussi à faire un score qui est un score devant lequel il faut s’incliner, et il va sans doute jouer un rôle dans la vie politique française. Donc c’est à lui de voir comment il veut le jouer, de quel côté, il veut le jouer, mais les électeurs, ma conviction, c’est qu’ils se prononceront en fonction de leur adhésion au projet et à la personne des candidats.
J. Chirac avait appelé à voter N. Sarkozy. Verra-t-on les deux hommes ensembles entre les deux tours, F. Fillon ?
C’’est une question qu’il faut poser à J. Chirac, je sais qu’ils se sont déjà téléphoné hier soir, je crois qu’ils se voient d’ailleurs, me semble-t-il, aujourd’hui. Je ne sais pas si on les verra ensemble, mais enfin en tout cas le climat entre eux depuis qu’il n’y a plus au fond de lien d’hiérarchie entre N. Sarkozy et J. Chirac, est, je crois, très serein.
J. Chirac a félicité N. Sarkozy ?
Absolument.
Et N. Sarkozy a été sensible à ces félicitations ?
Je ne sais pas ce qu’il lui a dit.
E. Besson soutient N. Sarkozy, c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle ça ? E. Besson, récemment ancien secrétaire national du Parti socialiste, bonne ou mauvaise nouvelle ?
Tous les soutiens sont des bonnes nouvelles J.-M. Aphatie, et nous, nous allons développer à partir de ce matin autour de N. Sarkozy et à côté du pôle UMP qui reste naturellement la force principale de la campagne, un pôle centriste avec un certain nombre d’élus du centre qui d’ores et déjà ont rejoint N. Sarkozy et un pôle de gauche dont E. Besson sera l’un des animateurs.
Voilà, ça c’est une information. Vous vous préparez pour Matignon, F. Fillon ?
Je me prépare pour le second tour, J.-M. Aphatie.
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