Education : les propos "révolutionnaires" de Royal dans une vidéo

Elle propose que les enseignants effectuent 35 heures de présence au collège pour améliorer le soutien scolaire.
Gilles Savary, un des porte-parole de Ségolène Royal, a vu dans cette diffusion une "rouerie de fin de campagne".
Les sites de partage vidéo s'invitent une nouvelle fois dans la campagne interne au PS. Après la vidéo de Bourdieu affirmant que la députée des deux-Sèvres est "de droite", une vidéo de Ségolène Royal faisant des propositions "révolutionnaires" sur les professeurs de collège se propage sur internet depuis deux jours. Présentée comme filmée à Angers en janvier 2006, soit avant l'adoption du projet socialiste, cette séquence déjà visionnée plus de 60 000 fois montre la présidentiable PS lors d'une table ronde avec des militants.
Dans cette vidéo circulant à moins d'une semaine du vote des socialistes, Ségolène Royal propose que les enseignants effectuent 35 heures de présence au collège. La rivale de DSK et Laurent Fabius ajoute ne pas vouloir encore le "crier sur les toits" pour "ne pas se prendre des coups des organisations syndicales enseignantes". Elle évoque le succès des entreprises de soutien scolaire, "cotées en bourse", où des professeurs du public donnent des cours. "Comment se fait-il que des enseignants du secteur public aient le temps d'aller faire du soutien individualisé payant" et pas "du soutien individualisé gratuit dans les établissements scolaires", s'interroge-t-elle.
Questionné par l'AFP, le premier secrétaire PS du Maine-et-Loire Serge Bardy a confirmé ses propos, mais estimé qu'ils étaient "placés hors de leur contexte" et "détournés". Interrogé par l'AFP, Gilles Savary, un des porte-parole de Ségolène Royal, a vu dans cette diffusion une "rouerie de fin de campagne". Il a jugé "pas très honorable de faire circuler un document pris à l'insu de quelqu'un".
"Franche et sincère"
Mais sur le fond, le député européen n'est "pas inquiet", opposant la députée des Deux-Sèvres, qui avait déjà fait polémique en proposant de réformer la carte scolaire, "à ceux qui au PS, ont fait un tabou de toute discussion franche et sincère avec ceux qu'on considère comme notre clientèle électorale historique". Les enseignants fournissent en effet de gros bataillons au PS. Avant l'arrivée de quelque 70.000 nouveaux adhérents, la communauté éducative représentait "20 à 30.000 personnes", soit environ un adhérent sur cinq, selon un bon connaisseur au PS.
Interrogé vendredi, Laurent Fabius a condamné cette diffusion. "Il ne faut pas taper en-dessous de la ceinture", a-t-il dit sur Europe 1, en précisant ne pas avoir vu les images. Le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis s'est montré plus ironique. "Si elle ne l'a pas dit, il n'est pas tolérable de faire courir des bruits" et "si elle l'a dit, le moins qu'on puisse dire c'est que ce n'est pas tout à fait le programme socialiste", a-t-il déclaré.
Réaction des enseignantsLe secrétaire général de la FSU Gérard Aschieri première fédération de l'éducation, a refusé d'être "instrumentalisé". "Il y a une manoeuvre dans cette affaire (...) Je veux me fonder sur la réalité des propos et des actes", a-t-il expliqué, tout en exprimant son "désaccord" sur le fond.
L'Unsa-Education, deuxième fédération de l'éducation, a récusé une proposition "simpliste" et "démagogique" qui méconnaît "le travail des enseignants en terme de préparation, de correction, d'évaluation". Mais son secrétaire général, Patrick Gonthier, a lui aussi observé que "ces propos pris à la dérobée" sortaient "opportunément dans la campagne interne du parti"