Plus ça change, plus c'est... Kaboul, cinq ans après les talibans
Des jeunes filles en jeans marchant dans les rues, un foulard négligemment posé sur la tête, ou des stars de Bollywood souriant sur des affiches, Kaboul n'a plus tout à fait le même visage depuis le départ des talibans de la capitale afghane, le 12 novembre 2001.
Mais beaucoup de choses n'ont pas changé, comme les pannes d'électricité ou la pauvreté, et certaines se sont même aggravées, comme la corruption et le sentiment d'insécurité, avec ces maisons protégées par des murailles et des barbelés.
Ville de poussière qui a vu en cinq ans sa population doubler à 3 millions d'habitants, Kaboul garde toujours les stigmates de la guerre civile qui a dévasté des quartiers entiers de 1992 jusqu'à l'arrivée des talibans, en 1996.
Les "étudiants en religion" avaient alors été accueillis avec soulagement par des Kaboulis excédés par la guerre, mais ceux-ci avaient cependant vite déchanté: la musique, la télévision, la photographie, les statues ou les cerfs-volants avaient été entre autres interdits. Et les femmes obligées de porter la burqa et de quitter leur travail.
Sous la gouverne spirituelle du mollah Omar, qui vit actuellement dans la clandestinité tout comme son "conseiller" Oussama ben Laden, ce régime a tenu cinq ans la capitale avant de s'effondrer sous les bombes américaines.
"Je me sentais comme si je venais de renaître", se souvient Nasreen Hashimi, une femme de 49 ans en train d'acheter des légumes dans un marché.
Mais l'espoir a peu à peu laissé place à une certaine amertume pour ceux qui n'arrivent pas à trouver du travail et souffrent de la flambée des prix.
La construction de luxueuses villas, dont certaines seraient financées par l'argent de la drogue et de la corruption, ajoute au ressentiment des Kaboulis.
Et les violences, attentats et explosions qui touchent désormais la capitale quadrillée de policiers et soldats, rendent la vie encore plus difficile.
"Pour moi, rien ne s'est amélioré", lance Ghoulam Ali, 52 ans, tandis qu'il peine à monter une colline sur son vélo auquel est attaché un bidon d'eau.
"Il n'y avait pas d'eau courante et d'électricité sous les talibans, et c'est la même chose maintenant. Le gouvernement et les pays occidentaux disent avoir donné des milliards de dollars. Mais où est cet argent?", demande-t-il.
Pour cet homme, les 40.000 soldats de l'Otan et de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis n'ont apporté qu'une chose: la peur.
"Il y avait une bonne chose sous les talibans, c'était la sécurité. Mais aujourd'hui, quand je vais à vélo, je crains d'être tué par une bombe chaque fois que je croise des véhicules militaires ou étrangers", dit-il à propos des engins télécommandés explosant au passage des convois militaires.
Sa radio allumée, un vendeur de maïs soufflé, Faqir Mohammed, admet qu'il ne pourrait pas écouter de la musique si les talibans étaient toujours au pouvoir, mais ce n'est pas ce qu'il estime être le plus important.
"Nous pensions qu'avec la chute des talibans, l'Afghanistan aurait complètement changé d'ici quelques années, que tout le monde pourrait avoir de bons emplois, que les routes seraient goudronnées, qu'il y aurait du travail dans des usines et la sécurité", dit-il.
"Maintenant, nous vivons dans l'insécurité et il y a de la corruption partout. Les policiers sont eux-mêmes des voleurs. Et tout ce que les soldats étrangers font, c'est de rouler à fond sur des routes poussiéreuses".