"Clonage" des grands musées parisiens: la polémique prend de l'ampleur

Les prestigieux musées parisiens n'ont-ils d'autres solutions que de vendre leur "marque" à des établissements étrangers pour assurer leurs fins de mois ? La polémique, déclenchée par une pétition de près de 800 professionnels des beaux-arts, prend de l'ampleur.
Deux quotidiens nationaux - Libération et le Figaro - font samedi leur "une" sur la controverse entourant la création de musées à l'étranger portant le nom d'institutions culturelles françaises et exposant une partie de leurs collections permanentes sous forme de prêts à long terme.
Le Louvre, qui a ouvert une antenne à Atlanta (Georgie, sud-est des Etats-Unis), pourrait désormais prêter une partie de ses oeuvres à un musée de prestige à construire dans le riche émirat d'Abou Dhabi. Ce projet, de l'ordre du milliard d'euros, est activement poussé par le gouvernement français.
Car, pour son expertise, ses prêts et les droits sur son nom, le Louvre devrait être grassement rémunéré: la presse évoque la somme de 500 millions d'euros. Un architecte français - on parle de Jean Nouvel, l'auteur du fort applaudi musée du Quai Branly - pourrait aussi construire l'édifice.

D'autres grandes institutions pourraient suivre, s'engouffrant dans la brèche ouverte il y plusieurs années par le musée Guggenheim de New York qui a fait des petits - moyennant finances - dans plusieurs villes du monde. Le musée national d'art moderne Georges Pompidou est ainsi en négociation en Chine.
Les personnalités hostiles à ces initiatives dénoncent "l'utilisation commerciale et médiatique des chefs-d'oeuvre du patrimoine national". Les "objets du patrimoine ne sont pas des biens de consommation", affirment celles-ci, en prônant une gratuité des prêts d'oeuvres.
Sur la même ligne, Libération y voit, dans un éditorial au vitriol, "une inspiration quasi-soviétique de la politique artistique. Imagine-t-on Brejnev animateur culturel à Las Vegas ? C'est un peut ce qu'on nous propose. Le Louvre n'est ni une marque de luxe prestigieuse, ni un faire-valoir du Quai d'Orsay".
Tout en soulignant que les musées devaient rester financés essentiellement sur fonds publics, l'ancien ministre socialiste de la Culture Jack Lang défend pour sa part le projet: "ne jouons pas les vierges effarouchées" lorsqu'il s'agit de mettre le privé à contribution pour financer l'art, lance-t-il.

M. Lang résume les motivations des pétitionnaires à "une appropriation culturelle et morale d'une minorité de personnes, visant à réserver les collections à une population restreinte". "Pourtant, ajoute-t-il, il ne s'agit pas de vendre des collections publiques. Nos oeuvres sont inaliénables. Nos musées ne négocient que des prêts d'oeuvre temporaires".
L'ancien ministre estime que la polémique rappelle un peu celle qui avait entouré la création d'une antenne du Louvre dans la ville minière de Lens. Certes, la démarche n'était pas alors uniquement culturelle: installer un équipement de prestige peut fortement contribuer à moderniser l'image d'une ville, comme on l'a vu avec la création d'un Guggenheim à Bilbao (pays basque).
Au ministère de la Culture, on se contente de trouver "normal que les gens s'interrogent sur une démarche qui est nouvelle". "Mais restons raisonnables, demande-t-on dans l'entourage du ministre Renaud Donnedieu de Vabres, il ne s'agit que d'une mesure d'ouverture culturelle de la France vers l'étranger". "On n'est plus dans une logique de forteresse. Il faut que les oeuvres soient vues et le Louvre n'est pas le premier grand musée à faire ce genre de chose".